Ce que votre rétine peut prédire de votre santéImage d'illustrationIstock
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Les yeux ne trompent pas, ou plus précisément, la rétine. Selon des chercheurs de l’institut Walter et Eliza Hall en Australie, l’épaisseur de cette dernière pourrait révéler de manière précoce des maladies telles que le diabète de type 2, la maladie d'Alzheimer ou encore la sclérose en plaques. Cette découverte, publiée le 4 février 2025 dans la revue scientifique Nature Communications, pourrait changer la prise en charge de ces pathologies chroniques.

Pour parvenir à leur résultat, les scientifiques australiens ont utilisé une technologie d'intelligence artificielle de pointe afin d’analyser plus de 50 000 yeux. Cet outil a produit des cartes de la rétine pour mieux comprendre comment certains types de rétines sont liés à diverses maladies. Les résultats ont permis des mesures à plus de 29 000 endroits de la rétine, identifiant son amincissement en lien avec 294 gènes et jouant un rôle important dans la maladie. "Cette cartographie permet d’établir un lien entre l'amincissement de la rétine et une série de maladies, et d’identifier de nouveaux facteurs génétiques qui influencent l'épaisseur de la rétine", précise l’étude.

Ces résultats pourraient permettre, à terme, d’utiliser l’imagerie oculaire comme outil de dépistage précoce. "Cette recherche souligne le potentiel de l'épaisseur de la rétine en tant que biomarqueur diagnostique pour aider à détecter et à suivre la progression de nombreuses maladies. Nous pouvons désormais localiser avec précision les endroits de la rétine qui présentent des changements importants dans certaines maladies", expliquent les auteurs de l’étude.

Les troubles neurologiques, un enjeu de santé publique

"La rétine fait partie du système nerveux central, qui comprend également le cerveau et la moelle épinière. De nombreuses maladies sont liées à la dégénérescence ou à la perturbation de ce système essentiel, notamment les affections neurodégénératives telles que la démence et les troubles métaboliques comme le diabète", indique le média EurekAlert.

Et l’enjeu de santé publique est majeur. En 2021, 3,4 milliards d’individus étaient touchés par un trouble neurologique, ce qui correspond à 43 % de la population mondiale, en faisant ainsi la principale cause d'invalidité dans le monde. "Nous avons montré que l'imagerie rétinienne peut agir comme une fenêtre sur le cerveau, en détectant des associations avec des troubles neurologiques tels que la sclérose en plaques et de nombreuses autres affections", a déclaré le Dr Vicki Jackson, statisticienne et spécialiste des gènes.

La rétine, un outil de diagnostic pour les maladies psychiatriques

Ce n’est pas la première fois que de tels travaux sont réalisés. Récemment, une entreprise québécoise a été en mesure d’analyser des zones plus denses du signal rétinien qui étaient jusqu’alors inexplorées pour diagnostiquer deux maladies mentales : la schizophrénie et les troubles bipolaires. "Avec des flashs lumineux, on vient stimuler la rétine. Elle va ensuite réagir en émettant des signaux électriques que nous allons capturer. Ce sont ces signaux qui nous permettent d’être en mesure de faire un diagnostic beaucoup plus efficace", a expliqué au média Le Journal de Montréal, Normand Tremblay, président et chef de la direction de diaMentis, l'entreprise en question.

En février 2024, une équipe de rechercher de l’Inserm a également étudié cette piste dans les maladies dégénératives. "L’association entre altérations de la rétine et lésions des vaisseaux sanguins de petit calibre chez les personnes atteintes de démence est connue, mais aucune étude conduite dans la durée pour évaluer des paramètres du réseau vasculaire rétinien en relation avec la survenue d’une démence ultérieure n’a été réalisée jusqu’à présent. Pourtant, c’est en confirmant que les anomalies vasculaires au niveau oculaire reflètent celles qui existent au niveau cérébral que l’on pourrait envisager l’utilisation d’un examen ophtalmologique, beaucoup plus rapide et moins coûteux qu’une imagerie cérébrale, pour détecter les personnes les plus à risque de démence", souligne la Dre Catherine Helmer, directrice de recherche à l’Inserm.

L'IA accélère l'avenir du diagnostic

Pour la professeure Melanie Bahlo AM, responsable de l'étude et bioinformaticienne de l’institut australien, un outil comme l’IA permet de mieux comprendre les images rétiniennes, l'anatomie complexe de cette dernière et son rôle dans la maladie. "Ces nouvelles technologies alimentent la découverte et, lorsqu'elles sont associées à des esprits brillants, elles offrent une capacité extraordinaire à transformer de grandes quantités de données démographiques en connaissances de grande portée", a-t-elle déclaré.

"Il n'y a jamais eu de moment dans l'histoire où cette puissante combinaison de technologie, de big data et d’esprits brillants s'est réunie pour faire progresser la santé humaine."