La marche en extérieur quand l'air est pollué, bonne ou mauvaise idée ? Image d'illustrationIstock
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C’est reparti pour une année d'abonnement à notre sport préféré. Marche, vélo, course à pied : à chacun son activité. Pourtant, pour Thomas Münzel, cardiologue retraité du Centre médical universitaire de Mayence en Allemagne, "l 'Europe est très en retard, avec près de quatre fois plus de décès dus aux maladies cardiovasculaires qu'en Amérique du Nord", a-t-il déclaré au média américain Medscape lors de sa présentation sur les problèmes de santé environnementale au Congrès 2024 de la Société européenne de cardiologie. Alors, peut-on vraiment continuer à sortir marcher en extérieur lorsque la qualité de l’air est mauvaise ?

Des chercheurs de l’Université de Sao Paulo, au Brésil, se sont intéressés à cette question. Ils ont analysé le risque relatif de mortalité, toutes causes confondues, en fonction de la pratique de course à pied sur diverses durées, en comparant la situation dans des villes très polluées avec celle de villes moins polluées.

Les bénéfices du sport perdus en cas de pollution

Leurs résultats révèlent que, si le fait de courir dans des villes peu polluées apporte effectivement des bénéfices pour la santé, ceux-ci disparaissent après 15 minutes d'exercice dans les métropoles les moins saines !

Les scientifiques rapportent cependant quelques limites à l’étude, comme la sensibilité individuelle aux polluants atmosphériques, les différentes substances présentes dans l’atmosphère, les caractéristiques des activités sportives ou encore l’impact des conditions climatiques.

"L'Europe se classe au 2ème rang pour la mortalité due aux maladies CV imputables à la pollution atmosphérique, avec près d'un demi-million de décès par an."

En attendant de nouvelles recherches et une meilleure prise en compte réglementaire de ces situations, comment réagir si l’on souhaite continuer une activité physique telle que la marche en extérieur ?

Nos conseils pour marcher ou faire du vélo malgré la pollution

En ce qui concerne la pratique du vélo en ville, des études françaises ont mis en évidence que les bénéfices pour la santé étaient largement supérieurs aux risques induits. Et cela, même si, en pédalant, on peut davantage être exposé à la pollution de l’air. Ce constat vaut pour d’autres activités physiques telles que le jogging ou la marche à pied.

Toutefois, il vaut mieux privilégier la pratique sportive pendant les périodes de faible pollution. Certains sites internet, comme la Fédération des associations agréées de surveillance de la qualité de l'air, et certaines applications fournissent des informations sur la qualité de l’air. C’est généralement le cas aussi des sites des municipalités et des bulletins météorologiques.

Les autorités sanitaires précisent que les personnes vulnérables doivent limiter les activités physiques d’intensité élevée en cas de dépassement des seuils de pollution. Pour rappel, une activité sportive intense est définie comme une pratique qui nécessite de respirer la bouche ouverte. Quant à la pratique d’activité physique de faible intensité, elle peut être pratiquée à tout moment.

Les plus fragiles doivent surveiller ces signes

Les médecins conseillent de faire de la marche dans des zones éloignées d’une source de pollution, comme le long d’une route embouteillée au cours d’un pic de circulation ou dans une zone industrielle. Si possible, privilégiez les espaces verts, la campagne proche ou le bord de mer.

Les personnes de plus de 65 ans ou souffrant de pathologies cardiovasculaires, d'insuffisances cardiaques ou asthmatiques doivent être attentives à l’apparition de symptômes comme la fatigue, un mal de gorge, le nez bouché, une toux, un essoufflement, des sifflements ou des palpitations.

Des concentrations élevées de polluants atmosphériques peuvent stimuler le processus d'athérosclérose, entraînant l'accumulation de plaques sur plusieurs années.

Le diabète et l'hypertension artérielle, facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, peuvent également être attribués à la pollution atmosphérique et se manifester si l'on vit dans une zone très exposée.

La marche à tout âge est toujours recommandée

"Il est clair que deux tiers des maladies chroniques sont déclenchés par des facteurs de stress environnementaux et ne sont pas dues à une prédisposition génétique, comme le montrent clairement les études sur les jumeaux. Environ 65 % de ces maladies sont de nature cardiométabolique", a souligné le professeur Daiber au média.

Cependant, quelle que soit la population, la pratique éventuelle d’une activité physique modérée, telle que la marche à pied lors d’un épisode de pollution, doit être privilégiée dans des secteurs où la circulation routière est la moins intense.