Le gouvernement signe un décret pour développer les chimiothérapies à la maisonIstock
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Soigner son cancer sans bouger de chez soi ? C’est possible pour certains soins et dans certaines conditions, avec un encadrement par des professionnels de santé. On ne parle évidemment pas ici des chimiothérapies par voie orale, qui sont de fait prises à domicile, mais bien de types de médicaments qui doivent être administrés par injection, en sous cutané ou par voie intraveineuse.

Est-il possible de faire une chimiothérapie à domicile ? Quel que soit le type de cancer ?

Un décret* paru le 5 février dernier vise à élargir cette pratique, le but étant que 5 % des chimiothérapies réalisées aujourd’hui en hospitalisation de jour soient effectuées à la maison. Tous les patients peuvent être concernés, quel que soit leur type de cancer.

Cette alternative se veut prometteuse pour améliorer leur qualité de vie (des patients) tout en optimisant les parcours de soins”, se félicite la Fédération nationale des établissements d'hospitalisation à domicile (FNEHAD).

Cancer : quels sont les avantages d'un traitement par chimiothérapie en intraveineuse à la maison ?

Pour les patients, pouvoir profiter de soins à la maison est un avantage de poids quand on a beaucoup de temps de transport pour rejoindre l’hôpital. C’est le cas d’Ayed, 75 ans, soigné pour une leucémie à l’Institut Curie de Paris qui s’est confié à nos confrères de France Info et qui a besoin de deux heures pour rallier le centre de santé. "Ça fait quatre heures" en tout, résume Ayed, qui explique que la chimio à domicile lui "facilite" la vie. "Après, je peux sortir, faire ma marche, mes commissions… Donc à domicile, c’est beaucoup mieux".

La chimiothérapie à domicile présente un autre avantage : le patient bénéficie d’un infirmier ou d’une infirmière pour lui seul.

"J’ai travaillé en oncologie et fais beaucoup d’hôpital de jour, raconte de son côté à France Info, Agathe, une infirmière spécialisée. Ça pouvait aller jusqu’à 30-40 patients par jour. Là, on n’est pas parasité par un médecin qui nous appelle ou une urgence. On n’est qu’avec le patient et la famille." Est-ce pour autant une solution pour tous les malades ? Sans doute pas.

Perfusion de chimio à domicile avec un infirmier : et vous, qu’en pensez-vous ?

Adeline, 43 ans, a vécu un cancer du sein à l’âge de 29 ans. Gain de temps et d'énergie, confort de la maison… En tant que patiente, aurait-elle apprécié si elle avait pu bénéficier de la chimiothérapie à la maison ? Pas nécessairement nous explique-t-elle.

L’hôpital où j’ai été soignée est à dix minutes à pied de chez moi, je n’avais donc pas de contraintes de transport. Aller faire mes chimiothérapies à l’hôpital m’a permis de garder une sorte de lien social, de rencontrer des personnes à l’extérieur, de parler avec d’autres patients. Car un cancer, cela isole socialement.

Même son de cloche du côté de Jean-Luc, 71 ans, qui a été soigné il y a deux ans pour un lymphome. “Pour moi c’était important d’être soigné à l’hôpital, c’était comme une routine. Et surtout je ne ramenais pas la maladie à la maison. Chez moi j’oubliais le cancer car le cancer restait à l’hôpital.

Adeline comme Jean-Luc soulignent également que les traitements réalisés au sein de l’hôpital sont plus rassurants, l’équipe médicale est là, au complet, pour agir en cas de problème ou d'effets secondaires indésirables. Autre point soulevé par nos témoins : l’espace partagé avec les autres membres de la famille à la maison. Pour Adeline, qui vivait chez ses parents quand elle est tombée malade, ou pour Jean-Luc dont la femme travaille depuis chez elle, être soigné chez soi peut représenter un défi pour les autres personnes qui composent le foyer, elles-aussi confrontées à la maladie.

Début des chimiothérapies à la maison : des économies substantielles pour l’Assurance maladie

"Le chiffre délivré par l’Assurance maladie pour le transport sanitaire dans ce type de situation est aux alentours de 120 euros à chaque fois, aller et retour. Donc, on est dans une situation où d’un côté l’hospitalisation de jour est aux alentours de 470 euros. Avec le transport, on arrive à 550-580 euros par jour de coût. L’HAD (hospitalisation à domicile, ça sera autour de 260 à 270 euros par jour", détaille Élisabeth Hubert présidente de la FNEHAD à France Info.

Dans ces conditions, la chimiothérapie dans le cadre d’une hospitalisation à domicile permettrait à l’Assurance maladie de faire des économies importantes sans rogner sur les soins des patients. Des économies sur le transport notamment mais aussi sur les coûts de structure, le fonctionnement d’un établissement de santé pesant lourd dans le budget de la Sécurité sociale.