Augmentation des cancers et vaccins à ARN messager : le point de vue de l'infectiologue

Publié par Céline Willefrand
le 28/09/2026
femme qui se fait vacciner
Istock
Photo d'illustration
De récentes publications scientifiques ravivent les craintes reliant la vaccination à ARN messager à la hausse des cancers. Interrogé par Medscape, un infectiologue donne son point de vue.
 

Plusieurs publications relayées sur les réseaux sociaux suggèrent une responsabilité des vaccins anti-Covid dans la survenue de cancers. Interrogé par Medscape, le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, analyse les données scientifiques pour distinguer les alertes réelles des simples corrélations fortuites.

Une série de cas isolés sans preuve de causalité ?

L'inquiétude a été relancée par une publication parue dans la revue Oncotarget plus tôt cette année portant sur la période de janvier 2020 à octobre 2025. Cette étude suggérait un éventuel lien entre la vaccination et la hausse de certains cancers notamment hématologiques. Face à ces travaux, le Dr Benjamin Davido met en garde contre les raccourcis méthodologiques : « Sur 69 publications analysées, 66 ne sont que des rapports décrivant 333 cas isolés. La détection d'un signal précoce et exploratoire ne vaut pas preuve de causalité, un constat partagé par les auteurs de l'étude eux-mêmes. »

Les rares études en vie réelle mentionnées reposent sur des cohortes rétrospectives en Italie et en Corée du Sud. Pour le spécialiste, ces observations descriptives ne permettent en aucun cas de conclure à un mécanisme direct déclenché par l'injection.

La progression des cancers précoces, un phénomène antérieur aux vaccins

Les données du National Institutes of Health (NIH) montrent une augmentation d'environ 19 % du cancer colorectal chez les moins de 50 ans, de même qu'une progression des tumeurs cérébrales. Mais aucun rapport avec les vaccins à ARNm puisque la hausse précoce du cancer colorectal est documentée depuis les années 1990, soit trente ans avant la pandémie. Les scientifiques identifient d’ailleurs clairement les causes de cette tendance : sédentarité, malbouffe, produits ultra-transformés, obésité, alcool et tabac. À l'échelle planétaire, les registres de suivi ne constatent pas d’augmentation générale de pathologies chez les populations vaccinées.

Que révèlent les grandes études de vie réelle sur la mortalité post vaccination ?

L'étude française EPI-PHARE, publiée dans JAMA Network Open, a suivi pendant 45 mois 22 millions de personnes vaccinées et 6 millions de non-vaccinées. Elle démontre une réduction de 74 % du risque de décès lié à une forme sévère de Covid et une baisse de 25 % de la mortalité toutes causes confondues.

De plus, une revue indépendante parue dans Vaccine en 2026 n'observe aucune hausse de cancers ou de maladies auto-immunes. Une étude de cohorte bulgare menée auprès de patients atteints de tumeurs solides rapporte même une survie globale médiane de 44 mois chez les vaccinés contre 34 mois chez les non-vaccinés.

Modification de l’ADN par le vaccin, un mythe selon l’infectiologue

Les doutes sur le vaccin s’articule souvent autour de cette croyance. Là encore le Dr Davido se veut rassurant : « L'ARNm vaccinal est traduit directement dans le cytoplasme sans jamais pénétrer dans le noyau de la cellule. Il ne dispose d'aucune transcriptase inverse, contrairement aux rétrovirus comme le VIH, ce qui rend son intégration à l'ADN impossible. »

Le Dr Davido rappelle en outre l'efficacité des mécanismes de pharmacovigilance, citant le retrait rapide du vaccin AstraZeneca lors du signal sur les thromboses, ou la réactivité de Moderna : « La firme a corrigé sa séquence protéique et divisé ses dosages par deux, passant de 100 à 50 microgrammes, pour éliminer le sur-risque de péricardite. »

L'ARN messager, une arme novatrice contre le cancer

Au contrainte, l’ARN messager représente désormais une piste thérapeutique majeure face aux tumeurs. En ciblant des protéines tumorales spécifiques, l'ARN messager stimule les défenses naturelles des patients.

Les essais cliniques de phase 3 sur l'intismeran autogene associé au pembrolizumab révèlent une nette amélioration de la survie sans récidive dans le mélanome avancé. Ces recherches s'étendent déjà au traitement des glioblastomes.

Afficher les sources de cet article

Medscape

Voir les commentaires